ÉGLISE PAROISSIALE

Eglise paroissiale
(détail du plan de Barbier, XVIIe s.,
Archives nationales)

La fondation de l'église actuelle dans l'enceinte fortifiée, près du château féodal des seigneurs de Charenton, date de la fin du XIIème siècle. On ignore tout de l'église primitive qui occupait précédemment le site et dont l'hypothèse la plus vraisemblable veut qu'elle ait été dédiée vers le VIIème siècle à saint Amand, évêque-ermite né dans la région de Nantes, évangélisateur en France et en Flandres. 

Ce patronyme ancien de Saint-Amand accrédite en effet l'idée d'un sanctuaire préroman, même si aucune découverte archéologique n'en a pour l'instant confirmé la présence.

Le plan de l'édifice est de type bénédictin simplifié (A.M. Saint-Amand-Montrond, GG 51), avec une nef accostée de collatéraux, un transept, un chœur assez profond et légèrement surélevé et une absidiole sur chaque bras du transept. L'évolution des styles architecturaux au fur et à mesure que l'on progresse dans l'édifice indique que la construction s'est échelonnée sur plusieurs siècles. Ainsi, on passe par exemple de chapiteaux romans assez simples et archaïques dans le chœur à un portail aux fines voussures, quant à lui totalement gothique.

Tout au long du XVème siècle sont ouvertes des chapelles latérales. Seigneuriales ou bourgeoises, ce sont avant tout des chapelles funéraires. Certaines néanmoins servent de lieu de dévotion ou de réunion aux différentes corporations ou communautés de métiers de la ville (chapelle Saint-Crépin pour les cordonniers, chapelle Saint-Blaise pour les tisserands...).

 

Chevet de l'église paroissiale (XIIe s.)

La paroisse de Saint-Amand est alors l'une des plus importantes du diocèse de Bourges puisqu'elle comprend les deux collectes de Saint-Amand-le-Chastel et de Saint-Amand-sous-Montrond, tandis que la ville de Bourges, dont la population n'est peut-être pas plus de trois fois supérieure à celle de Saint-Amand, est alors divisée en quinze circonscriptions paroissiales.

Portail en plein cintre de l'église paroissiale
(XIIIe s.)

Au XVIIème siècle, le duc de Sully envisage un moment de transférer l'église paroissiale dans la nouvelle ville de Saint-Amand-sous-Montrond, mais le projet n'aboutit pas.

A la Révolution, l'église est fermée aux fidèles et prend le nom de « temple de la révision décadaire ». Les cinq cloches sont alors vendues à un fondeur en vertu d'un décret. Devant l'édifice, on fait désormais la lecture des lois et des actes de naissances et de décès ayant eu lieu pendant la décade. On y exalte également l'héroïsme de nos armées et les vertus de la Révolution (ainsi, à l'occasion de l'acceptation de la Constitution par le roi le 23 octobre 1791, un Te Deum solennel y est chanté).

Les cérémonies religieuses y seront restaurées en 1800. Mais l'église, faute d'entretien durant de longues années, est en très mauvais état. En 1824, à l'issue d'une visite, le sous-préfet écrit :

 « L'état extérieur m'a particulièrement frappé, elle n'a ni clocher pour indiquer aux étrangers qui y arrivent que les habitants professent le culte catholique, ni cloche pour appeler les fidèles à l'église. Une église sans clocher ressemble beaucoup à une grange ». 

Vue de l'église et de la petite rue Grenouillère
(gravure de Rouargue, XIXe s. - Musée Saint-Vic)

Orgue du Grand Condé
(collatéral sud de l'église paroissiale, XVIIe s.)

On construit donc un clocher en charpenterie dans lequel on place une cloche prise à l'église ruinée d'Allichamps, et le 22 juillet 1827, un coq doré est déposé au sommet.

En 1835, à la demande des marguilliers de la fabrique de l'église paroissiale, l'orgue du Grand Condé est transféré de l'église des Carmes et placé au revers de la façade sur une tribune spécialement aménagée, avec accès par la tourelle qui mène aux combles. Abandonné pendant de longues années, il sera restauré à partir de 1876 par le célèbre facteur d'orgues Cavaillé-Coll.

Sculpture d'angelot
(façade de la chapelle Sainte-Anne, XVe s.)

L'église de Saint-Amand-Montrond est classé monument historique en 1840 (l'orgue le sera également en 1967). 

Elle ne conserve malheureusement aucun vitrail ancien, l'essentiel des vitraux ayant en effet été posés de 1840 à 1902.

Pour l'anecdote, notons enfin que l'église paroissiale possède aujourd'hui encore quelques reliques de saint Vincent de Paule, déjà vénéré chez les Capucins.

Sculpture d'angelot
(façade de la chapelle Sainte-Anne, XVe s.)


&  Pour en savoir plus...

Ÿ BUHOT DE KERSERS (A.), Le canton de Saint-Amand - Histoire et statistique monumentale du département du Cher, éditions du Bastion, Paris, 1892, pp. 132-137.

Ÿ HUGONIOT (Jean-Yves), Saint-Amand-Montrond, mémoires d'une ville, éditions du Cercle Généalogique du Haut-Berry, Bourges, 1998, pp. 125-139.

Ÿ LÉON (P.), « Le vitrail religieux au XIXe siècle dans le canton de Saint-Amand-Montrond, tradition et innovation (1844-1902) », in Une ville et son terroir, Saint-Amand-Montrond, 1985, pp. 131-157.

Ÿ MALLARD (Victor), Histoire des deux villes de Saint-Amand, Bourges, 1894, pp. 75-83.

Ÿ RENON (Marie-Reine), « En Boischaut, l'orgue du Grand Condé », in Cahiers d'Archéologie et d'Histoire du Berry, n° 99-100, Bourges, 1989, pp. 59-68.

Ÿ VILLEPELET (Jean), Une visite à l'église de Saint-Amand, Bourges, 1933.


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