Etat civil et registres paroissiaux

Dresser sa généalogie en partant à la recherche de ses ancêtres est le rêve et la passion de nombreux Français. Des milliers de personnes de tous âges et de tous horizons ont déjà entrepris cette passionnante aventure. Avant de commencer, le généalogiste prendra soin de réunir, inventorier et exploiter tous les documents familiaux en sa possession (livrets de famille, passeports, livrets militaires, faire-part, photographies anciennes...). Au terme de cette étape indispensable, il faudra poursuivre la recherche à travers les sources officielles de l'état civil.

L'état civil a été créé en 1792 et mis en service dès le 1er janvier 1793. Il est tenu en double exemplaire (l'un pour la mairie, l'autre pour le greffe du tribunal). Les exemplaires du greffe sont déposés aux Archives départementales après 100 ans. Quant aux exemplaires des mairies, ils sont librement consultables, dès lors que l'acte recherché date de plus de 100 ans (sauf retrait exceptionnel de la communication du fait de leur mauvais état de conservation).

Au delà du 1er janvier 1793, les recherches sont à mener dans les archives paroissiales, c'est-à-dire dans les registres de baptêmes, mariages et sépultures tenus par les curés. C'est François Ier qui a instauré en 1539 l'enregistrement de ces actes par l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Il est cependant très rare de trouver des registres conservés avant le XVIIème siècle. A titre d'exemple, le plus ancien registre de baptêmes conservé pour la paroisse de Saint-Amand-Montrond commence en 1607.

Etablis en double exemplaire à partir de 1667, ces registres anciens ne sont plus conservés aujourd'hui dans les églises mais aux Archives départementales et dans la plupart des mairies (Cf. Inventaire des registres paroissiaux de Saint-Amand-Montrond, GG 10 à GG 39). A noter que dans de nombreuses communes, les registres paroissiaux ont été entièrement microfilmés, voire numérisés. La communication des documents originaux étant dès lors interdite, le généalogiste devra travailler sur divers supports (microfilms ou CD-Rom par exemple).


L'état civil (après la Révolution)

C'est par le XIXème siècle que va commencer la recherche dans l'état civil. Il est donc important de bien connaître les documents : acte de naissance, acte de mariage et acte de décès. A noter également que pour cette période, des tables annuelles et décennales, par ordre alphabétique, peuvent faciliter grandement la recherche.

Ÿ L'acte de naissance

Après les mentions administratives obligatoires (date de l'acte, nom de la commune, du rédacteur de l'acte...), l'acte de naissance indique :

Ÿ le nom et les prénoms du nouveau-né (au XIXème siècle, c'est souvent le dernier prénom - et non le premier comme aujourd'hui - qui était le prénom usuel),

Ÿ la date et l'heure de naissance,

Ÿ le lieu exact de la naissance (indication de la rue ou bien du hameau),

Ÿ les noms et prénoms des parents, leur profession, leur lien matrimonial, leur âge,

Ÿ les noms et prénoms des témoins avec leur âge, leur profession, leur lien de parenté éventuel.

Acte de naissance de Jean Girault (11 octobre 1825)
(A.M. Saint-Amand-Montrond, cote : 2 E 7)

On peut éventuellement trouver des "mentions marginales". A partir de 1897, la mention du (ou des) mariage(s) (date, lieu, nom du conjoint) ou du divorce est reproduite en marge de l'acte de naissance de chacun des mariés. Depuis 1945 s'y ajoute par ailleurs la mention du décès. Néanmoins cela n'est pas systématique et on s'aperçoit que les reports anciens manquent bien souvent.

Ÿ L'acte de mariage

En généalogie ascendante, l'acte de mariage est sans doute le plus important car il renseigne à la fois sur les deux conjoints et leurs origines. Après les mentions administratives obligatoires, l'acte de mariage indique :

Ÿ les noms et prénoms de chaque époux avec leur date et lieu de naissance, leur profession, leur domicile et surtout les noms et prénoms de leurs parents. Si ces derniers sont morts avant le mariage, cela est précisé (on mentionnera alors "feu Louis Demay" ou "défunt Louis Demay", avec parfois la date et le lieu précis du décès),

Ÿ leur situation matrimoniale (célibataire, veuf, divorcé, avec dans ces deux cas, les nom et prénoms de l'époux précédent et l'indication de la date et du lieu de décès ou du divorce),

Ÿ la mention d'un éventuel contrat de mariage (avec sa date et le nom du notaire),

Ÿ la liste des témoins (en général au nombre de 4) avec noms, prénoms, professions, adresses, âges, liens de parenté...

Là encore, on peut trouver des mentions marginales, avec indication (obligatoire à partir de 1897) d'un divorce ou d'un jugement de séparation de corps.

Ÿ L'acte de décès

L'acte de décès est souvent lacunaire. Théoriquement, il devrait comporter :

Ÿ les nom et prénoms du défunt, avec sa profession, son adresse et son état matrimonial (célibataire, ou bien, avec le nom de l'épouse : marié, veuf ou divorcé),

Ÿ la date et le lieu du décès,

Ÿ la date et le lieu de naissance du défunt (indication obligatoire à partir de 1823),

Ÿ les noms et prénoms de ses parents (indication obligatoire à partir de 1823), avec le cas échéant la mention "décédé",

Ÿ la liste des témoins (en général au nombre de 2) avec noms, prénoms, professions, adresses, âges, liens de parenté...

Malheureusement, l'acte de décès est souvent pauvre : les déclarants manquant d'informations ne pouvaient fournir ni lieu de naissance, ni filiation. De plus, lorsqu'ils sont donnés, ces éléments, à commencer par l'âge, sont souvent approximatifs.

Notons que, pour le cas d'un décès survenu hors de chez soi (à l'hôpital, en maison de retraite, à l'armée...), une transcription intégrale en est faite dans les registres de la commune du domicile.

Ÿ Les tables décennales

Pour le XIXème siècle, les tables décennales des naissances, mariages et décès facilitent grandement les recherches. Elle reprennent alphabétiquement par commune ou par canton l'ensemble des actes.

Si vous recherchez un acte de mariage sans en connaître la date ou le lieu, le dépouillement de ces tables vous le fera retrouver rapidement .

Dans ces tables, le classement se fait de A à Z, mais à l'intérieur d'une même lettre, les noms sont souvent classés par ordre chronologique et pas alphabétique. Les femmes sont enregistrées à leur nom de jeune fille. Il convient également de faire attention à l'orthographe : par exemple le patronyme Delahaye peut être à rechercher aussi bien à la lettre D qu'à L (de Lahaye) ou à H (de la Haye).


Les registres paroissiaux (avant la Révolution)

En général, la lecture des documents d'archives des XIXème et XXème siècles ne pose pas de difficultés majeures. Les choses se compliquent néanmoins dès que l'on aborde les siècles précédents. A la difficulté de lecture s'ajoute également l'absence de tables annuelles ou décennales pour les registres de l'Ancien Régime : il faut donc désormais tout lire pour retrouver l'acte recherché (acte de baptême, acte de mariage ou acte de sépulture).

Ÿ L'acte de baptême

L'acte de baptême indique :

Ÿ les nom et prénoms du nouveau-né,

Ÿ sa date exacte de naissance (en général le jour même ou la veille),

Ÿ sa filiation (noms et prénoms des parents avec mention du lieu d'habitation et parfois du métier exercé),

Ÿ les noms et prénoms des parrain et marraine (avec leur lien de parenté avec le nouveau-né, souvent leur profession et leur lieu d'habitation, parfois leur âge).

Les indications sur les parrain et marraine fourniront souvent de précieuses pistes vers une paroisse du voisinage, lieu d'origine de la famille, ou du moins de la mère, où l'on devra aller rechercher le mariage.

Notons enfin qu'il n'y a pas, comme au XIXème siècle, de mentions marginales légales au regard de l'acte. Dans de nombreux cas cependant, le prêtre rappelle dans la marge les nom et prénoms du nouveau-né, ce qui permet une lecture plus rapide des registres. On trouvera également parfois la mention "ondoiement" : il s'agit du baptême donné par un laïc à un nouveau-né en danger de mort.

Ÿ L'acte de mariage (ou de bénédiction nuptiale)

L'acte de mariage reste l'acte clé, même s'il se révèle parfois très pauvre en informations. Jusque vers 1660-1670, il se limite souvent aux date du mariage et noms et prénoms de époux, avec pour chacun la mention "mineur"ou "majeur" (la majorité était alors à 25 ans) et l'indication éventuelle d'un veuvage.

Ensuite, et plus particulièrement après une déclaration royale de 1736, il apportera bien d'autres indications :

Ÿ les paroisses dans lesquelles les bans ont été publiés (ce qui donne ainsi le lieu d'origine de celui des mariés qui n'est pas originaire de la paroisse où a lieu la célébration),

Ÿ l'âge de chacun des mariés (notons cependant que sous l'Ancien Régime les âges sont rarement précis et qu'ils doivent être considérés comme approximatifs à quelques années près),

Ÿ les noms et prénoms des parents, leur domicile et leur profession. L'acte précise toujours dans ce cas s'ils sont toujours vivants ou décédés,

Ÿ les noms et prénoms des témoins, avec leur domicile, profession, lien de parenté avec le ou la marié(e), et parfois leur âge,

Ÿ l'indication des dispenses pour consanguinité, généralement accordées par l'évêque et autorisant un mariage entre parents ou alliés. L'acte précise alors, outre la date d'obtention de la dispense, le lien de parenté entre les époux, calculé en degrés canoniques.

Ÿ L'acte de sépulture (ou d'inhumation)

En général, l'acte de sépulture fournit très peu d'informations. On y trouve :

Ÿ la date et le lieu du décès,

Ÿ les nom et prénoms du décédé, avec parfois sa profession et son âge (toujours approximatif !),

Ÿ sa situation matrimoniale (célibataire, marié ou veuf, avec dans ces deux derniers cas le nom de l'épouse cité - seulement de la dernière s'il y a eu plusieurs veuvages et remariages -),

Ÿ les noms et prénoms des témoins, avec leur domicile, profession et lien de parenté.

Notons que les noms et prénoms des parents sont toujours indiqués pour les décès d'enfants, mais presque jamais pour les décès d'adultes.


Comment rechercher un acte sous l'Ancien Régime ?

Compte tenu des lacunes et des approximations des registres de l'Ancien Régime, il est nécessaire de s'organiser et d'adopter une méthode rigoureuse de recherche et de relevé des actes. En effet, l'expérience montre que c'est parfois grâce à des transcriptions exhaustives qu'une piste familiale perdue peut être retrouvée.

Ÿ Retrouver l'acte de mariage

On l'a dit, l'acte de mariage est l'acte essentiel en généalogie ascendante, car c'est celui qui permet de garantir les filiations. C'est en remontant le temps de mariage en mariage que l'on va pouvoir retracer une lignée ascendante. Avec un peu plus de temps disponible, on complétera cette lignée avec les baptêmes et les sépultures (les plus difficiles à trouver car un ancêtre peut aussi bien mourir à 20 ans qu'à 80, et chez lui aussi bien que lors d'un déplacement).

La règle de base consiste donc à rechercher le mariage d'un couple d'ancêtres en priorité dans la paroisse où la génération suivante a déjà été retrouvée.

Ÿ Un exemple concret...

Prenons un exemple concret pour illustrer cette règle. Vous savez que votre ancêtre Hugues Chaput, laboureur à Saint-Pierre-les-Etieux, âgé de 35 ans en 1770, est le fils de Pierre Chaput et d'Anne Morin. Vous devez retrouver le mariage de Pierre Chaput et d'Anne Morin pour gagner une génération.

Pour cela, reportez-vous à l'année de naissance de leur fils Hugues, soit 1735. Comme l'âge indiqué peut être approximatif à quelques années près, commencez à regarder les registres paroissiaux de Saint-Pierre-les-Etieux à partir de 1741 par exemple. Il vous faut ensuite remonter le temps en lisant tous les actes. Vous allez ainsi trouver, par exemple, le baptême d'un enfant de Pierre Chaput et d'Anne Morin en 1740, puis en 1738 (celui de Hugues), en 1736, en 1734, en 1732... puis plus rien : ni baptême, ni mariage.

Remonté jusqu'en 1720, il vous faut admettre que le mariage a eu lieu dans une autre paroisse, car les naissances s'échelonnaient en général tous les deux ans sous l'Ancien Régime : plusieurs années sans retrouver de naissances pour un couple qui a déjà eu des enfants, c'est l'indication que l'on est remonté au delà de leur mariage.

Pour retrouver la paroisse où leurs noces ont eu lieu, tous les indices relevés en cours de recherche peuvent servir : parmi les parrains et marraines, vous remarquez par exemple que plusieurs d'entre eux sont indiqués habitant Arpheuilles, d'autres Charenton, des localités proches. Voilà donc les deux paroisses dont il faut aller consulter les registres en priorité.

Si malheureusement vous n'y trouvez rien, il ne vous reste qu'à passer en revue les registres paroissiaux des paroisses voisines de Saint-Pierre-les-Etieux, en commençant toujours par les plus proches. C'est ce que l'on appelle parfois en généalogie la "technique de l'escargot".

Ÿ Conseils pratiques

Enfin, signalons quelques astuces et conseils pratiques qui peuvent vous permettre de gagner un temps précieux dans vos recherches... 

Ÿ munissez-vous toujours d'un carte d'état-major. Elle vous permet de localiser le hameau où habitaient vos ancêtres et de voir exactement de quel bourg ce hameau est le plus proche. Elle vous permet aussi, dans le cas d'une recherche systématique dans les paroisses environnantes, de mieux tenir compte des distances et des obtacles naturels (on choisit plutôt son conjoint sur la même rive du fleuve, sur le même flanc de montagne...). Enfin, elle indique les lieux qui ont pu être autrefois une paroisse ou une commune à part entière et qui n'ont plus aujourd'hui d'existence administrative.

Ÿ si vous constatez que tous vos ancêtres savaient lire et écrire, c'est-à-dire signer leur nom, à une époque où c'était bien peu fréquent, vous pouvez gagner du temps dans les registres paroissiaux : vous n'avez plus à lire tous les actes, mais seulement à les parcourir en cherchant les signatures qui vous intéressent. Très rares, celles-ci se repèrent en effet très bien au fil des pages.

Ÿ enfin, efforcez-vous de ne pas travailler seul car en généalogie l'union fait la force ! En effet, de nombreuses associations de généalogie ont déjà réalisé d'énormes travaux de dépouillement d'actes, notamment au niveau des registres paroissiaux. De nombreuses bases de données informatisées sont également accessibles sur Internet (bases de mariages anciens, bases de migrants...). Rejoindre une de ces associations ne peut donc qu'être un atout dans votre quête du passé familial.


&  Pour en savoir plus...

Ÿ BEAUCARNOT (Jean-Louis), La Généalogie facile, éditions Marabout, Paris, 1992.

Ÿ BEAUCARNOT (Jean-Louis), La Généalogie, collection « Que sais-je ? », P.U.F, Paris, 1997.

Ÿ BERNARD (Gildas), Guide des recherches sur l'histoire des familles, Archives nationales, Paris, 1981.

Ÿ MORINEAU (Alain), Généalogie initiation, Fédération française de généalogie, Paris, 1994.

Ÿ TETU (Benoît), La Vie conjugale dans le Boischaut au XVIIIème siècle, mémoire de maîtrise sous la direction de Brigitte MAILLARD, Université de Tours, 2000.   [A paraître]


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