Jean GIRAULT (1825-1909)

Fils d'un meunier, Jean Girault est né le 11 octobre 1825 à Saint-Amand-Montrond, au moulin des Forges. Ayant reçu une instruction très élémentaire, il continua à quinze ans le métier paternel. Lorsque survint la Révolution de 1848, il la salua avec enthousiasme, organisa le Comité démocratique de Saint-Amand et fut envoyé à Paris par la garde nationale du canton pour la représenter à la fête de la Constitution.

Caricature de Jean Girault par André Gill,
parue dans le journal « L'Eclipse » (13 mars 1870)

Après le coup d'Etat de 1851, contre lequel il protesta énergiquement, Jean Giraul fit montre de beaucoup de modération et continua à diriger avec son frère le moulin familial, qui prospéra rapidement.

Ayant ainsi acquis par son travail une honorable situation, il fut élu maire d'Allichamps (aujourd'hui Bruère-Allichamps) le 24 janvier 1866. Il renonça alors à la minoterie pour vivre de son bien. Pourtant, lorsqu'il se présenta aux élections législatives de 1869 comme candidat de l'opposition démocratique dans la 2ème circonscription du Cher, il portait fièrement sa blouse de meunier et se déclarait, dans sa profession de foi, « membre de la grande famille ouvrière, agricole et industrielle ». Il séduisit les électeurs par sa simplicité de langage, et réussit à battre le candidat officiel au scrutin de ballotage.

Le 6 juin 1869, il fut élu député au Corps législatif et alla siéger dans les rangs de la gauche. Mais en décembre, la majorité l'invalida sans raison valable. La gauche protesta vivement contre l'annulation d'une élection que nul n'avait combattue. Il s'ensuivit un débat tumultueux qui se termina, le 20 décembre, par l'admission du député du Cher, après que Girault se soit brillament défendu à la tribune.

Le « député-meunier », qui ne perdait jamais une occasion de parler du moulin paternel, était alors très populaire à Saint-Amand. Au Corps législatif, sa surdité proverbiale l'avait également très vite rendu célèbre. Membre de la gauche fermée, il vota constamment contre l'Empire et intervint à plusieurs reprises au Palais-Bourbon pour critiquer le gouvernement. Ainsi protesta-t-il naturellement contre la déclaration de guerre à la Prusse. Après le 4 septembre 1870, il revint à Saint-Amand où il fut chargé par Gambetta d'organiser la défense, mais il dut y renoncer devant les difficultés rencontrées.

Battu lors des élections législatives du 8 février 1871 et à l'élection complémentaire du 2 juillet, il fut néanmoins élu conseiller général du canton de Saint-Amand le 8 octobre 1871.

Le 20 février 1876, Jean Girault reprit son siège à la Chambre et s'inscrivit au groupe de l'extrême-gauche, en même temps qu'à celui de l'Union républicaine, et fut des 363. Réélu, à ce titre, le 14 octobre 1877, il reprit sa place dans la majorité républicaine et se mêla à quelques discussions. Dans la législature, il vota le plus souvent avec les députés radicaux (notamment pour l'amnistie plénière et pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat), sans toutefois s'associer à la politique particulière des intransigeants. Dans le Cher surtout, comme conseiller général, il s'attachait, en recommandant « l'union entre tous les républicains », à paralyser les tentatives faites par les groupes ouvriers et socialistes pour affirmer leurs revendications.

Réélu député le 21 août 1881, il continua d'observer cette attitude, vota avec l'extrême-gauche de la Chambre en plusieurs circonstances, s'abstint quelquefois, et se rapprocha de plus en plus, dans son département, des chefs de l'opportunisme. 

Cer derniers l'ayant porté candidat aux élections sénatoriales du 6 janvier 1885, Jean Girault fut élu sénateur du Cher par 366 voix (sur 717 votants). Il avait été très vivement combattu par le parti républicain socialiste qui lui avait opposé Armand Bazille, neveu de Félix Pyat. L'entrée de Girault au Sénat nuisit à sa popularité dans le Cher, et particulièrement à Saint-Amand, où ses anciens électeurs lui reprochèrent d'avoir abandonné son programme radical d'autrefois et son statut d'élu du suffrage universel.

Réélu sénateur en 1894 puis en 1900, Jean Girault siégait au groupe de la Gauche démocratique, intervenant souvent à la tribune, notamment sur le service militaire des membres du Parlement, la réforme de l'impôt des prestations et la proposition de loi concernant les accidents du travail. A l'occasion de la discussion de chaque budget, il défendait inlassablement ses conceptions et, le 29 mars 1905 en particulier, il proposa un système fiscal complet qui, dit-il, « n'est pas nouveau car depuis trente ans je l'ai exposé presque chaque année à la tribune ». Il s'agit essentiellement « de mettre un terme à la dilapidation qui existe dans nos colonies », d'en « abandonner quelques-unes » et de « mettre aussi un terme aux pratiques héritées de la monarchie, c'est-à-dire ne pas toucher au capital, respecter les privilèges et être tolérant pour les abus ».

Jean Girault réclamait, entre autres réformes de base, l'abolition du privilège des bouilleurs de cru, un impôt sur les titres nobiliaires, une patente sur les oisifs, la progressivité de tous les impôts existants, la suppression du monopole des compagnies d'assurances... et, en contrepartie, il proposait des dépenses pour assurer des retraires aux vieux ouvriers et couvrir les frais de maladie des travailleurs.

Jean Girault est décédé le 16 avril 1909, à l'âge de 83 ans, à Bruère-Allichamps. 

Malgré les discours enflammés prononcés lors de ses obsèques, il semble qu'il ne soit pas parvenu à faire passer sur le plan politique toutes les valeurs qu'il devait avoir en tant d'homme. Les mauvaises langues ajouteront même que c'est pour cela que la souscription destinée à faire réaliser une statue ne recueillera que la somme nécessaire à un simple buste.

Buste en bronze de Jean Girault,
par Gaston Dintrat.

« Si aux ducs, aux comtes, aux marquis, j'allais dire que je me présente pour soutenir leurs privilèges, ils me riraient au nez en me traitant de fourbe, et ils auraient raison. De même, lorsque comtes ou grands personnages viennent nous dire que c'est par amour pour nous qu'ils veulent faire nos affaires, ils nous prennent pour des niais, et si nous les croyons, ils n'ont véritablement pas tort ! ».

Jean GIRAULT (1869)


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Travaillant actuellement sur une biographie détaillée de Jean Girault, personnage fort intéressant mais injustement méconnu, je suis à la recherche de tous renseignements ou documents le concernant (archives privées, journaux, photographies, gravures, discours, affiches, professions de foi, etc.). N'hésitez pas à me contacter... Merci d'avance.

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