Jean GODIN DES ODONAIS (1713-1792) 

et Isabel de CASA MAYOR (1728-1792)

Né à Saint-Amand-Montrond le 5 juillet 1713, Jean Godin des Odonais était le fils d'Amand, procureur au bailliage, et d'Anne Fouquet. Mais il était surtout le cousin germain de Louis Godin (1704-1760), célèbre astronome et membre de l'Académie des Sciences de Paris. En 1735, ce dernier fit partie de l'expédition géodésique (conduite par le géographe Charles de La Condamine) envoyée au Pérou pour mesurer l'arc du méridien terrestre. La question était alors de savoir si, comme des savants anglais le soutenaient (dont Newton), la Terre était une sphère aplatie aux pôles ou si, comme l'affirmaient les Français, notre planète était allongée vers les pôles.

Portrait d'Isabel Godin des Odonais
(auteur inconnu)

Jean prit part à la mission aux côtés de son cousin, à un titre bien modeste, comme simple porte-chaîne. Il s'embarqua à La Rochelle le 16 mai 1735 sur le Portefaix et gagna Quito au Pérou où il arriva le 22 mai 1736. C'est non loin de là, à Riobamba (alors au Pérou, aujourd'hui en Equateur), que Jean Godin rencontre, quelques temps plus tard, Isabel de Casa Mayor, alors âgée de treize ans. La famille d'Isabel était l'une des plus importantes de la région, son père, don Pedro de Casa Mayor, étant "corregidor" (vice-roi) de la province d'Otavalo et veuf d'une Péruvienne fortunée. Belle, cultivée, Isabel séduisit immédiatement Jean Godin, qui mit tout en œuvre pour obtenir sa main. Il l'épousa le 27 décembre 1741.

Jean prit part à la mission aux côtés de son cousin, à un titre bien modeste, comme simple porte-chaîne. Il s'embarqua à La Rochelle le 16 mai 1735 sur le Portefaix et gagna Quito au Pérou où il arriva le 22 mai 1736. C'est non loin de là, à Riobamba (alors au Pérou, aujourd'hui en Equateur), que Jean Godin rencontre, quelques temps plus tard, Isabel de Casa Mayor, alors âgée de treize ans. La famille d'Isabel était l'une des plus importantes de la région, son père, don Pedro de Casa Mayor, étant "corregidor" (vice-roi) de la province d'Otavalo et veuf d'une Péruvienne fortunée. Belle, cultivée, Isabel séduisit immédiatement Jean Godin, qui mit tout en œuvre pour obtenir sa main. Il l'épousa le 27 décembre 1741.

L'expédition resta sur place pendant huit ans. Charles de La Condamine rentra ensuite en France mais Jean Godin demeura auprès de son épouse. Isabel mit au monde trois enfants qui décédèrent tandis que Jean dilapida la dot de sa femme en se lançant dans des affaires hasardeuses. A la mort de son père en 1748, il se décida à repartir en France. En mars 1749, il partit seul rejoindre Cayenne, Isabel étant de nouveau enceinte et dans l'impossibilité d'entreprendre un si long périple. Là-bas, Jean fut chargé de faire le nécessaire pour qu'Isabel le rejoigne au plus vite. Néanmoins, ils devaient être séparés par le destin pendant 21 ans !

Isabel accoucha d'une fille, bien portante, et souhaita attendre que l'enfant grandisse pour rejoindre son mari. A Cayenne, Jean s'occupa de la mise en culture de la région. Ce n'est que le 1er octobre 1769 qu'Isabel entreprit, avec ses deux frères, son neveu, un fidèle serviteur et trois servantes, le long voyage jusqu'à Cayenne. Sa fille morte à dix-huit ans de la variole, plus rien en effet ne la retenait à Riobamba. Juste avant le départ, l'équipée accepta la venue d'un médecin français et de deux de ses serviteurs.

C'est à partir de Canelos, dévastée par la variole, que la petite troupe fut plongée dans l'horreur. Les porteurs et guides, pris de panique à cause de la maladie, s'enfuirent. Quelques Indiens leur servirent provisoirement de guides, puis les abandonnèrent à leur tour. Le médecin français partit alors avec Joaquim, le fidèle serviteur d'Isabel, chercher du secours à la mission voisine. Mais il ne revint jamais chercher ses compagnons. Seul Joaquim fit le voyage en sens inverse mais, quand il arriva au cœur de la forêt amazonienne, il ne trouva que des cadavres.

Isabel et ses compagnons, ne voyant personne venir après une vingtaine de jours d'attente, avait continué leur chemin en coupant à travers la forêt. Tous moururent de faim, de soif et de fatigue. Tous sauf Isabel, qui portée par un courage hors du commun, poursuivit seule son périple, sans connaître la direction à suivre, se nourrissant uniquement de fruits et d'œufs. Au bout d'une huitaine de jours environ, elle finit par rejoindre le fleuve Bobonaza. Là, des Indiens la soignèrent et l'emmenèrent à la mission. Elle partit ensuite retrouver son mari à Cayenne. En 1773, les deux époux rentrèrent en France et s'installèrent à Saint-Amand-Montrond, dans la maison natale de Jean (encore visible aujourd'hui au n° 10 de le rue de l'Hôtel-Dieu).

Jean Godin reçut alors une pension grâce au duc de La Vrillière, et se mit à composer une grammaire de la langue Quichua, auquel il ajouta un vocabulaire assez étendu de la même langue. Ses lettres retraçant le long périple de son épouse à travers la forêt amazonienne furent publiées à Paris dès 1775.

Longtemps séparés par la vie, Jean et Isabel le furent très peu par la mort : il mourut à Saint-Amand le 1er mars 1792 et Isabel le rejoignit en décembre. Véritable héroïne dans le Paris pré-romantique, très populaire encore aujourd'hui en Equateur, Isabel Godin des Odonais est encore présente dans la mémoire des Saint-Amandois. La ville de Saint-Amand est d'ailleurs jumelée à celle de Riobamba, et un buste réalisé par un sculpteur équatorien, Fabian Latorré, originaire de Riobamba, orne un petit square de la ville.

Buste en bronze d'Isabel Godin des Odonais,
par Fabian Latorré.

 


&  Pour en savoir plus...

Ÿ BASSIÈRES (L.), Madame Godin des Odonais : miraculeux voyage d'une héroïne française dans les forêts vierges du Nouveau Monde au XVIIIème siècle, Imprimerie Cournouaillaise, Quimper, 1936.

Ÿ BLANCPAIN (Marc), Le Plus long amour, éditions Grasset, Paris, 1971.

Ÿ CHARCELLET (Jacques), Histoire fantastique de Jean et Isabelle Godin des Odonais, Saint-Amand-Montrond, 1985.

Ÿ DENIS (Fernand), Aventures de Madame Godin des Odonais, Magasin Pittoresque, Paris, 1854.

Ÿ GODIN (Pierre-Amédée), Généalogie de la famille Godin, Saint-Amand-Montrond, 1879.

Ÿ GRANDMAISON Y BRUNO (Félix de), Un drame inconnu : aventures de Madame Godin des Odonais, née Isabelle de Grandmaison y Bruno, s.d.

Ÿ LAGUÉRENNE (Henri de), Un Saint-Amandois célèbre : Godin des Odonais, explorateur (1713-1792), Paris - Saint-Amand-Montrond, 1913.

Ÿ ROUDIL (Pierre), La première femme qui traversa l'Amazonie : Isabelle Godin des Odonais, s.d.

Ÿ TRYSTAM (Florence), Le Procès des étoiles, éditions Seghers, Paris, 1979.


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