Louis LECOIN (1888-1971)

 Père de l'objection de conscience, Louis Lecoin est né à Saint-Amand-Montrond le 30 septembre 1888, au sein d'une famille modeste. Marqué très jeune par le sentiment d'injustice et de misère, il passa trois années à la ferme-école de Laumoy, près de Morlac, et en sortit avec un diplôme d'agriculture.

Buste de Louis Lecoin,
par Fabian Latorré.

En 1905, Louis Lecoin partit à Paris où il fut tour à tour jardinier, manœuvre dans le bâtiment ou encore cimentier. C'est à cette époque qu'il débuta ses premiers combats, qui lui valurent alors d'être condamné à 5 ans de prison pour avoir publié une affiche antimilitariste. Libéré, il fut incorporé en 1907 mais refusa alors de marcher contre les cheminots en grève. Le Conseil de Guerre de Bourges le condamna à nouveau à 6 mois de prison, mais, refusant les incorporations successives, Louis Lecoin passera en fait plus de 12 ans en prison pour insoumission, avant d'être grâcié en 1920.

Syndicaliste engagé, Louis Lecoin avait épousé Marie Morand, fille d'un militant anarcho-syndicaliste, terrassier de son métier, et tous deux gagnèrent alors le Midi. Après son décès, survenu à la suite d'un accident cardiaque, Louis Lecoin remonta à Paris pour lancer ses campagnes pour l'objection de conscience, l'Espagne libre et contre l'esclavage.

En août 1921, Lecoin assista à Lille au congrès de la CGT, et devant le refus des dirigeants cegétistes de laisser s'exprimer librement les représentants des syndicats révolutionnaires, il sortit son revolver et tira en l'air quelques coups de feu. Louis Lecoin eut ainsi droit à la praole et prononça un discours pacifiste au nez et à la barbe de Léon Jouhaux et de sa clique, tous syndicalistes de guerre. Bien que partisan de la non-violence et opposé à la guerre et aux conflits, Lecoin ne se laissait cependant pas marcher sur les pieds !

Louis Lecoin prit aussi ouvertement la défense du mouvement anarchiste, et n'hésita pas à demander la libération d'Emile Cottin, jeune anarchiste de 23 ans qui avait tiré 10 coups de feu sur Clemenceau le 19 février 1919. Dans un papier d'une extrême violence adressé au président Poincaré, il affirma que ce dernier était « le plus répugant bonhomme de ce temps » et qu'il était « souillé du sang de quinze millions d'hommes morts à cause de sa guerre ». Il fut bien évidemment emprisonné et commença une grève de la faim. Devant les nombreuses protestations et la mobilisation de l'opinion publique, le gouvernement fléchit. Lecoin fut finalement conduit au quartier politique, où il tira six mois de prison.

Lorsque survint l'affaire Sacco-Vanzetti, ces deux italo-américains assassinés pour délit d'opinion, Louis Lecoin se démena avec véhémence contre leur exécution. Dans le même temps, il prit la défense de militants anarchistes espagnols (Ascaso, Durutti et Jover) qui devaient être extradés. Sous l'impulsion de Lecoin, l'affaire des "trois mousquetaires" (c'est ainsi qu'on appelait alors les trois Espagnols) connut un très fort retentissement et par peur que cela ne devînt une affaire d'Etat, le gouvernement Poincaré céda et ordonna leur libération.

En revanche, n'ayant pu empêcher l'exécution de Sacco et Vanzetti, Louis Lecoin révêtit l'uniforme de l'Americam Legion, et alla protester dans une réunion où le gouvernement français avait été invité. Il cria très fort « Vive Sacco et Vanzetti ! ». Il fut de nouveau incarcéré et inculpé pour "apologie de faits qualifiés de crimes". Maître Robert Lazurick, futur maire de Saint-Amand-Montrond, lui accorda son assistance, si bien qu'il ne resta "emplacardé" que sept jours.

A la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, en septembre 1939, il publia un tract intitulé Paix immédiate, nouveau manifeste contre la guerre. A nouveau emprisonné un bon nombre d'années, il sera libéré en 1943. 

En 1958, après le décès de sa compagne, Louis Lecoin revint à Paris. C'est l'époque de la malheureuse guerre d'Algérie. Il laissa à Louis Dorlet son excellente revue Défense de l'Homme, qui suivra son bonhomme de chemin jusqu'en 1970. De son côté, il fonda l'hebdomadaire Liberté, afin de soutenir sa campagne pour la reconnaissance du statut de l'objection de conscience. A cette époque-là, croupissaient en effet en prison des objecteurs, pour la plupart religieux. Au bout de plusieurs années de campagne, Louis obtint la libération des objecteurs ayant plus de cinq ans de prison.

Louis Lecoin au siège du journal « La Liberté »,
en juillet 1965.

Mais la campagne traînait en longueur en raison de cette guerre coloniale. Après avoir trop attendu, de promesse en promesse, le général de Gaulle renvoyait aux calendes grecques le statut, dont la rédaction d'un projet avait été confiée à Lecoin, Nicolas Faucier et Albert Camus. Le 22 juin 1962, Louis Lecoin décida finalement d'entamer une grève de la faim jusqu'à l'obtention du texte. Le soutien vint difficilement. Heureusement, il y avait le Canard enchaîné, sans lequel Lecoin n'aurait rien obtenu. La grève de la faim dura 22 jours, à 74 ans !

Finalement, le gouvernement céda. Le projet de loi fut déposé à la Chambre, mais âprement discuté et considérablement remanié par les parlementaires sous l'impulsion de Michel Debré, et ce malgré les protestations énergiques de Louis Lecoin qui assistait à la discussion parlementaire. Le statut d'objecteur de conscience, bien qu'assez éloigné du projet initial est finalement voté. Quelques temps plus tard, une autre loi interdit à quiconque d'en faire de la réclame et de la divulguer !

Louis Lecoin, en mars 1962.
(tiré de son autobiographie, « Le Cours d'une vie »)

Louis Lecoin vécut encore quelques années, s'occupant de divers comités : l'Espagne libre, l'anti-esclavagisme et le désarmement unilatéral... En 1964, Louis Lecoin est proposé pour le prix Nobel de la Paix, mais il insista pour se retirer devant le pasteur Martin Luther King.

Le 21 juin 1971, mille personnes assistèrent à ses obsèques au Père-Lachaise, où il fut incinéré. Sa famille, tous ses amis étaient là, notamment Yves Montand.

Au-delà des difficultés, Louis Lecoin a été un de ceux qui n'a jamais renoncé. Son engagement, son combat demeurent un exemple pour tous.

« Si un bon révolutionnaire doit demeurer insensible à la souffrance qu'il voit ou devine, je suis un mauvais révolutionnaire car ce n'est pas moi qui souhaiterai jamais que les régimes abhorrés accumulent plus d'horreurs pour pouvoir rassembler plus d'arguments contre eux ».

Louis LECOIN (1965)

 


&  Pour en savoir plus...

Ÿ GAREL (Sylvain), Louis Lecoin, le dernier des grands anarchistes, Université de Paris X, Paris, 1979.

Ÿ GAREL (Sylvain), Louis Lecoin et le mouvement anarchiste, Fresnes, 1982.

Ÿ LECOIN (Louis), De Prison en prison, édité à compte d'auteur, Antony, 1947.

Ÿ LECOIN (Louis), Le Cours d'une vie, édité à compte d'auteur, Paris, 1965.

Ÿ LEMONNIER (Jean-Claude), Louis Lecoin combattant de la Paix, Anima, Saint-Amand-Montrond, 1991.

A noter également un excellent documentaire sur le parcours de Louis Lecoin, tourné en 1966 :

Ÿ DESVILLES (Jean) et DARRIBEHAUDE (Jacques), Louis Lecoin. Le Cours d'une vie, film en noir et blanc, 64 minutes, Paris, 1966.


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