Désiré-Raoul ROCHETTE, dit RAOUL-ROCHETTE

(1790-1854)

Né à Saint-Amand-Montrond le 9 mars 1790, Désiré-Raoul Rochette était le fils d'un modeste médecin de campagne. Après avoir fait ses études à Bourges, il alla chercher la fortune à Paris, vers 1811. D'abord attaché comme professeur d'histoire au Lycée Impérial (Louis-le-Grand), il devint en 1815 suppléant de François Guizot dans la chaire d'histoire moderne de la faculté de lettres. Deux ans auparavant, l'Académie des Inscriptions lui avait décerné un prix pour son Histoire critique des colonies grecques.

En épousant la fille du sculpteur Houdon, Rochette se créa rapidement de belles relations dans le monde. Les opinions qu'il professait alors étaient favorables à la Restauration, et son mérité ne pouvait donc manquer d'être récompensé. Le 21 mars 1816, il fut ainsi nommé par ordonnance membre de l'Académie des Inscriptions, et entra la même année comme rédacteur au Journal des savants. Son discours sur Les heureux effets de la puissance pontificale en France au Moyen Age, prononcé à la faculté de lettres en 1817, fut un nouveau gage donné au parti royaliste. Aussi obtient-il en 1818 la place de conservateur du Cabinet des médailles et antiques, laissée vacante par la mort de Millin, et en 1820 celle de censeur royal, qu'il occupera jusqu'à l'abolition de la censure en 1824.

L'opposition voulut alors faire expier ces faveurs à Raoul Rochette. De nombreux troubles éclatèrent dans son cours, qui fut d'ailleurs suspendu par un arrêté de la commission d'instruction publique. Le ministère Corbière le récompensa de ses services en rétablissant, sur sa demande, la chaire d'archéologie, dont il devint en 1828 le titulaire. Son talent d'improvisateur, sa parole nette et colorée, son érudition variée attirèrent constamment autour de sa chaire un auditoire d'élite. Plusieurs de ses leçons ont été publiées, et certaines furent même traduites en anglais.

Les premiers travaux de Raoul Rochette et son édition de l'ouvrage de la baronne Minutoli intitulé Mes souvenirs d'Egypte, lui attirèrent pourtant de sévères critiques, et firent mettre en question ses connaissances d'historien et d'helléniste. Mais il sut mettre à profit ces attaques et ces échecs en se corrigeant sur tous les points où ses adversaires avaient raison contre lui, en apportant plus de sévérité dans ses recherches et de soins dans ses travaux. Les ennemis qu'il s'était faits continuèrent à la harceler, mais il donna moins de prise à leurs critiques.

Les voyages surtout rectifièrent ses connaissances en les augmentant. Dès 1819, il avait visité la Suisse et publié à la suite de cette excursion des Lettres sur la Suisse (1820-1822) et une Histoire de la Révolution helvétique de 1793 à 1803 (1823). Chargé d'une mission en Italie et en Sicile de 1826 à 1827, il a consigné les résultats de ses observations sur les lieux et dans les musées dans ses Monuments inédits d'antiquité figurée grecque, étrusque et romaine (1828) et dans Peintures antiques inédites, précédées de Recherches sur l'emploi de la peinture dans la décoration des édifices sacrés et publics chez les Grecs et chez les Romains (1836). Ce dernier ouvrage souleva d'ailleurs au sein de l'Académie une vive polémique.

Ces divers travaux, ainsi qu'un Mémoire sur les représentations figurées du personnage d'Atlas (1835), n'étaient en fait que des fragments d'une Histoire de l'art des anciens dont Raoul Rochette préparait les matériaux et à l'exécution de laquelle il voulait consacrer le reste de sa vie. C'est pour avancer ce grand ouvrage qu'à partir de 1830, il se confina dans sa riche bibliothèque, et qu'il fit en Grèce un voyage d'exploration (1842). De plus en plus absorbé par ses multiples charges, il ne verra néanmoins jamais son projet se réaliser.

Raoul Rochette fut élu en 1838 secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts. Il avait également été membre de la Société des bonnes lettres (1821), de la Société asiatique (1822), et de la commission de Morée (1828). Il devint encore correspondant des Académies de Saint-Pétersbourg (1822), de Madrid (1826), de Munich, de Gœttingue, de Berlin, de Rome, de Naples...

En 1848, la Gouvernement provisoire lui enleva la place de conservateur du Cabinet des médailles, mais lui laissa la chaire d'archéologie. Il mourut à Paris le 3 juillet 1854, à l'âge de 64 ans.

On a reproché à Raoul Rochette d'avoir dû une partie de ses succès à l'opinion des salons et aux engouements de la mode, mais également de s'être montré trop ardent à la recherche des places et des honneurs. Ses collègues de L'Institut l'avaient d'ailleurs surnommé, dit-on, Raoul Brochette, par allusion aux nombreuses décorations qui s'étalaient à sa boutonnière ! Cette accusation était sans doute en partie mérité, surtout au début de sa carrière. Mais il faut bien convenir qu'il a fait, par un travail infatigable, d'importantes découvertes dans le domaine des arts et de l'Antiquité, et qu'il a associé son nom, comme archéologue, à ceux des Winckelmann et des Visconti.


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